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Routes: aller plus loin... pour aller où?

"Les routes, artères vitales de la société humaine: désirées, détestées, incontournables. Le développement du réseau routier: entre impératifs économiques et atavisme": Joachim Reif, consultant en entreprise et responsable associatif, nous propose son analyse.

 

I1 n'y a pas si longtemps, tout déplacement était onéreux, long et extrêmement fatigant. Indéniablement, les techniques modernes de transport, ont apporté un progrès énorme en matière de déplacement, de mobilité et finalement de liberté individuelle et collective. Le développement économique est dépendant d'un réseau de transports efficace. Vu sous cet angle, l'entretien et le développement d'un bon réseau routier paraissent incontournables. Cependant, nous pouvons constater actuellement, que la croissance purement matérielle atteint ses limites, et cela vaut spécialement pour la croissance de trafic de tout genre.

 

La croissance: facteur de survie et atavisme

Croissance pour quoi, pour aller où ? Tout au long de l'histoire de l'humanité, la croissance permanente (de la tribu, de la production ...) était la seule perspective de survie. Cela nous a marqué jusque dans nos gènes.

Aujourd'hui, vivant dans une économie d'abondance, voire de superflu, nous n'avons pas encore pu changer ces réflexes et ce comportement ataviste. Cet atavisme a même été érigé en idéologie par les prédicateurs de la croissance éternelle. Une croissance permanente implique inéluctablement l'effet du doublement avec des conséquences dramatiques. Le développement du réseau routier en Alsace, région d'un peuplement extrêmement dense (donc spécialement vulnérable), est assez parlant à ce sujet.

 

L'Alsace saturée

Dans son livre blanc sur les transports en Europe, la Commission Européenne pronostique une croissance du transport routier de marchandises de l'ordre de 50% entre 2001 et 2010 en Europe, ce qui signifie un doublement tous les 15 ans, un triplement en 24 ans! Par conséquent, dans 90 ans (la vie d'un homme), on doublerait six fois les routes, ce qui nous amènerait en 2094 à 64 fois plus de routes qu'aujourd'hui, 64 fois plus, de surfaces goudronnées et bétonnées, sans même parler de pollution, de nuisances omniprésentes, de charges financières.

Par ailleurs, cette croissance du trafic est paradoxalement indépendante de la production industrielle : un non-sens économique total. On léguerait un bel avenir à nos (petits-) enfants! Une projection sur 24 ans du développement du maillage autoroutier en Alsace centrale illustre bien l'impossibilité physique de continuer de cette manière : le territoire n'est pas extensible!

 

"Il est urgent d'attendre"

Une étude menée sous l'égide de la DRE (Direction régionale de l'Équipement), prévoit une saturation totale des réseaux routiers dans le Rhin supérieur d'ici 2020 (voir DNA du 17 juin 2003) -malgré la réalisation de nombreux projets routiers prévue- et conclut que "le réseau routier ne doit pas être développé de manière inconsidérée".

Une évidence s'impose: ces nouvelles routes sont elles-mêmes à l'origine de flux dé circulation supplémentaires; elles n'augmentent plus la mobilité, mais engendrent des déplacements supplémentaires et superflus, eux-mêmes à l'origine de nouvelles congestions.

Regardons les réalités en face : rajouter de la route à la route, continuer dans la spirale infernale d'une croissance infinie, est devenu irrationnel et irresponsable. Un moratoire des constructions de routes s'impose. S'il faut bien arrêter cette fuite en avant incessante, arrêtons maintenant; à moins de construire une belle 2 x 8 voies au-dessus du Rhin et un beau tunnel sous les Vosges, du Nord au Sud ...

J.R

 

DERNIERES NOUVELLES D'ALSACE 6 mars 2004