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Le monde, bientôt, manquera de pétrole. Comment vivrons-nous alors? Et, surtout, que pouvons-nous faire, que devons-nous faire? Hugues Stoeckel, conseiller régional et écologiste (les Verts), s'inquiète et explique.
"Dans l'indifférence générale 200 experts internationaux du pétrole, d'horizons très divers, ont participé en mai dernier à la 2ème conférence de l'ASPO (Association to Study the Peak of Oil, Association pour l'étude du pic de pétrole) qui s'est tenue à Paris dans les locaux de l'Institut Français du Pétrole.
Que disent ces experts?
Les compagnies pétrolières ont pris l'habitude, pour des raisons fiscales et boursières, de "falsifier" la réalité, des réserves disponibles. C'est probablement vers l'an 2000 que le pic de production mondiale de pétrole a été atteint. Car depuis cette date, la production décroît. Les puits de la Mer du Nord seront à sec vers 2010, et il n'existe plus de gros stocks potentiels à exploiter, même en offshore profond.
L'essentiel des réserves se concentre au Moyen Orient, d'où ce formidable "désir d'Irak" de l'administration Bush.
Le coût d'extraction du brut ne cesse de grimper et sa qualité de baisser. Les réserves connues (environ 1000 Gigabarils) sont certes encore conséquentes, mais seront beaucoup moins faciles à extraire que les 1000 Gigabarils déjà consommés. Le pompage mécanique, déjà pratiqué sur certains gros puits du Moyen-Orient, se généralisera et limitera de plus en plus les débits d'extraction.
La situation n'est guère meilleure pour le gaz, et aucun des carburants alternatifs (hydrogène, schistes bitumineux, éthanol) n'est susceptible de devenir un substitut viable du pétrole.
Pendant ce temps la demande mondiale en pétrole explose. En Chine, par exemple, les achats de voiture ont augmenté de 50% durant la seule année 2002! Selon d'autres sources, tout cela fait que dès les années 2008-2012, il deviendra techniquement impossible de satisfaire la demande mondiale en pétrole (*).
Citons aussi Libération du 8.12.03: "La rente pétrolière du Gabon, qui représentait 73 % du PIB en 2002, s'assèche dangereusement. La production avait déjà chuté de 17 % entre 1999 et 2002. Et, malgré une année 2003 moins mauvaise que prévu, la Banque Mondiale relève que la production risque de diminuer de 50 % dans les 5 ans. Le service de la dette, qui absorbe déjà la moitié des revenus du pays, risque de devenir rapidement insupportable. Le Gabon est le premier pays du golfe de Guinée à être ainsi confronté à l'après-pétrole".
Que faire à présent ?
La première urgence est d'informer! Un des conférenciers de l'ASPO se demandait " Comment faire comprendre au monde que la fête est finie?". Rappelons simplement que gouverner, c'est prévoir, et que nos élus nous doivent la vérité, surtout à 3 mois d'une élection. Rien ne serait pire que l'éclatement brutal de la crise sur une population totalement inconsciente du problème, abasourdie, incrédule et au final révoltée d'avoir été traitée de la sorte.
Quand le cours du baril prendra son envol, un "plan Marshall de l'énergie" s'imposera très vite. Pour les voitures individuelles, par exemple, on peut s'attendre à des restrictions progressives de leur puissance, voire de leur droit à circuler (en tout cas avec leur actuel taux d'occupation de 1,3 passagers par véhicule).
11 s'en suivra une baisse du nombre de véhicules en circulation, qui rend complètement obsolètes les actuels projets routiers de type TGCO ou VLIO. L'ouverture de tels chantiers pour les quelques années d'insouciance qui restent serait d'une rare stupidité. Des crédits aussi lourds seront bien mieux investis dans ce qui nous sera vraiment utile à l'avenir : une infrastructure de transports collectifs qui couvre l'ensemble du territoire.
La pénurie en carburant aura quelques effets positifs. Elle facilitera la lutte, ô combien urgente, contre le réchauffement climatique. Et le renchérissement des transports incitera puissamment à "relocaliser" l'économie, aux antipodes du "tout-exportation" de la mondialisation libérale, qui prendra du plomb dans l'aile.
Mais il faut aussi s'attendre à des conséquences moins agréables. La frugalité énergétique s'imposera dans tous les secteurs, notamment le tertiaire et le résidentiel où subsistent d'importants gisements d'économies. Le ferroutage deviendra la règle sur les longues distances. L'aménagement du territoire aura à s'attaquer aux causes de la mobilité imposée entre domicile et travail. et c'en sera fini de la concurrence déloyale de l'avion vis-à-vis du train à coup de kérosène détaxé.
Les énergies renouvelables deviendront bien sûr la grande priorité. Notre agriculture, faute d'engrais fossiles bon marché, devra réapprendre la fumure organique, mais aussi la satisfaction prioritaire des besoins locaux et régionaux. Enfin, de nouveaux métiers (chasse aux "gaspis", valorisation des déchets) devront prendre la relève de ceux, nombreux hélas, qui seront malmenés, sinistrés, voire liquidés par la crise.
Une évidence s'impose, en tout cas : pour espérer être parés le moment venu, c'est dès aujourd'hui qu'il faut engager tous ces chantiers. Car le temps presse. Chaque année d'impréparation à ces lendemains qui déchantent sera un coup de poignard dans l'avenir de l'Alsace, et obérera d'autant notre capacité à affronter ensemble les épreuves de demain. H.S.
(*) Le lecteur anglophone retrouvera ces données sur le site Internet de l'ASPO: http://www.peakoil.net/. A défaut, il pourra consulter un résumé en français de la 2ème conférence de l'ASPO sur le site "http:/hvww.lesvertsguebwiller.org" ou sur "http :11www .les-verts. ore" et "www.vertsenergie.ouvaton.org".
Paru dans les Dernières Nouvelles d'Alsace, le Lundi 29 décembre 2003